C'est sur ces mots que se termine mon roman, son roman, enfin le roman qu'il a écrit. C'était la première fois que je lui lisais quelque chose, je ne fus pas déçue, au contraire j'ai découvert un style d'écriture très nouveau pour ma part, très contemporain, très pas commun. Ce qui m'a frappée d'emblée dans ce livre, c'est ce rentre dedans, direct, pas d'introduction ni de long récit, embarqué dans l'histoire dès la première page, certes, heurté, on se sent comme perdu mais pas d'inquiétude, tout s'éclaircit quelques pages plus loin, des phrases brèves, simples, directes, explicites, des descriptions précises mais pas tant que ça, passe d'une chose à une autre mais sait que le lecteur va accrocher donc remet ça encore, encore et encore, ''sadisme'' brrr.
Le Zahir (ظاهِر [ẓāhir], apparent; évident; net; visible) est un terme employé surtout par les sufis signifiant évident, manifeste.
Le Zahir pour Coello signifie la même chose, sauf que lui, il en à fait un livre, son Zahir à lui, c'est son obsession, son objectif, c'est ça raison de vivre, de survivre,... d'être.
Lui, écrivain...de chanson à succès, bientôt de best seller, fortuné, plusieurs fois marié, presque blaser de sa vie beaucoup trop, trop... toujours en quête d'aventures, d'inconnu, de nouveau de renouveau, sans doute pour oublier les choses importantes, cavaleur, cherchant la stabilité tout en étant instable.
Elle, trente ans, sans enfant, correspondante de guerre, rentrée récemment d'Irak, deux prix internationaux de journalisme, disparue depuis quelques temps, sa femme.
Elle, lui, Lui, elle, se cherchent, se marient, mènent une vie conjugale décousue, Lui, écrit, entre temps, Un temps pour déchirer et un temps pour coudre, poussé et motivé par Elle, son roman, son carton, ne se trouvent pas forcément, Elle, disparaît « Soudain coup », avec un homme, oui, un autre, un autre homme, touché dans son orgueil de mal, comment, lui, un quelconque interprète de vingt-cinq ans, brun, aux traits mongols, qui en plus entend des voix,ferait le poids devant Lui, imperturbable et richissime écrivain... de chansons à succès.
Décide, de reprendre ce qu'il, en se mariant, pensait avoir acquis, Esther, sa femme, son Zahir.
Dans sa quête, du Zahir, il rencontre Marie, une autre de ses multiples conquêtes, une artiste, une femme avec de la différence, l'aime éperdument, Lui pas vraiment, enfin un peu comme on aime –pas forcément- quelqu'un avec qui on couche, rencontre également son rival « l'homme qui lui a volé sa femme », Mikhaïl, le haie, confusion, ne sait rien de lui, le découvre, découvre son histoire, l'histoire d'Esther, par extension, OUI, Elle était belle et bien en vie, pas kidnappée, ni capturée par un réseau terroriste, une relation trouble naît entre les deux hommes, devrait-il le détester ? Le mépriser ? Se lier d'amitié avec lui? Après tout il est le seul à pouvoir le conduire auprès de sa femMe.
Delà débute un périple qui le conduira de Paris jusqu'en Asie centrale, il traverse la steppe, son désert, sa magie et ses légendes pour retrouver celle qui donne plus que jamais un sens à sa vie, rencontre des tribus, erre dans les rues de Paris et d'Almaty, fréquente '' LE '' restaurant Arménien, pense et repense, remet en cause tous les principes qui ont gouverné sa vie, sa philosOphie de la vie, il se rend compte de l'existence de « l'accommodateur », un moment de notre vie où nous renonçons à aller de l'avant où nous nous conformons à ce que nous avons et où nous nous complaisons dans la stabilité ambiante, il apprend qu'en amour il faut donner sans demander, qu'il ne faut jamais prendre l'autre pour quelque chose d'acquis ou considérer qu'il fait partie des meubles, qu'il faut toujours et chaque jour reconquérir l'autre pour briser l'ennuie qui s'édifie peu à peu, laisser l'énergie de l'amour traverser son corps et lui donner libre cours, ne jamais essayer de la confiner ou de lui mettre des lois, des règles ou d'autres absurdités, Lui, a connu de profondes modifications, spirituelles, morales et intellectuelles, grâce à Elle, partie sans laisser de trace et dire que même en étant absente, la femme fait des miracles, Elle, l'a poussé à s'interroger sur tout, à traiter avec dérision la situation du monde moderne. Elle, simple femme, l'a déstabilisé, lui à fait parcourir des milliers de kilomètres, l'a fait suer, transpirer...ELLE, l'a Changé.
« Et soudain le miracle se produit : Je regarde cette femme devant moi, qui vient de préparer le café, qui lit le journal devant moi, les yeux marqués par la fatigue et le désespoir, l'air toujours silencieux, qui ne manifeste pas toujours sa tendresse par des gestes, cette femme qui me fait dire « oui » quand je voudrais dire « non », qui m'a obligé à lutter pour ce qu'elle pensait – avec raison- être ma raison de vivre, qui a renoncé à ma compagnie parce que son amour pour moi était plus fort que son amour pour elle, qui m'a fait voyager en quête de mon rêve. Je vois cette femme presque enfantine, tranquille, les yeux qui en disent plus long que des mots, souvent alarmée dans son c½ur, mais toujours courageuse dans ses actes, capable d'aimer sans s'humilier, sans demander pardon de lutter pour son homme – et soudain, mes doigts frappent sur les touches de la machine. »
« Il y a quelques années, j'ai lu un livre qui racontait une histoire intéressante. Supposons que Hitler ait gagné la guerre, liquidé tous les juifs du monde et convaincu son peuple qu'il existe réellement une race supérieure. On remplace les livres d'histoire, et cent ans plus tard ses successeurs viennent à bout des Indiens. Encore trois cents ans, et les Noirs sont complètement décimés. Cela prend cinq cents ans, mais finalement la puissante machine de guerre parvient à rayer de la surface de la Terre la race orientale. Les livres d'histoire parlent de lointaines batailles contre des barbares, mais personne ne lit avec attention, parce que cela n'a pas la moindre importance.
'' Alors, deux mille ans après la naissance du nazisme, dans un bar de Tokyo – habitée depuis cinq siècles ou presque par des individus grands aux yeux bleus, Hans et Fritz prennent une bière. A un moment donné, Hans regarde Fritz et demande : '' Fritz, crois-tu que tout ait toujours été comme ça ?
- Le monde.
- Clair que le monde a toujours été comme ça n'est-ce pas ce que nous avons appris ?
- C'est clair, je ne sais pas pourquoi j'ai posé cette question idiote '' dit Hans.
Ils terminent leur bière parlent d'autres choses, oublient ce sujet. »
« Quand le poète italien Dante a écrit La Divine Comédie, il a dit : '' Le jour où l'homme permettra qu'apparaisse le véritable amour, les chose qui sont bien structurées deviendront confusion, et tout ce que nous tenons pour des certitudes et des vérités sera mis en doute.,, Le monde trouvera sa vérité quand l'homme saura aimer – jusque-là, nous vivrons en pensant que nous connaissons l'amour, mais sans avoir le courage de l'affronter tel qu'il est.
L'amour est une force sauvage. Quand nous essayons de le contrôler, il nous détruit. Quand nous essayons de l'emprisonner, il nous rend esclaves. Quand nous essayons de le comprendre, il nous laisse perdus et confus.
Cette force est sur terre pour nous donner de la joie, pour nous rapprocher de Dieu et de notre prochain ; et pourtant, nous aimons aujourd'hui de telle façon que nous avons une heure d'angoisse pour chaque minute de paix. »
« Personne ne doit se poser cette question : Pourquoi suis-je malheureux ? Elle porte en elle le virus de la destruction totale. Si nous nous posons cette question, nous voulons découvrir ce qui nous rend heureux. Si ce qui nous rend heureux est différent de ce que nous sommes en train de vivre, ou bien nous changeons pour de bon, ou bien nous sommes encore plus malheureux. »
« Et quelle serait mon épitaphe ? Esther comme moi nous avions fait un testament dans lequel, entre autres choses, nous avions choisi la crémation – mes cendres seraient éparpillées par le vent dans un lieu appelé Cebreiro, sur le chemin de Saint-Jacques, et ses cendres à elle jetées dans l'eau de la mer. Par conséquent, je n'aurais pas cette fameuse pierre avec une inscription.
Mais si je pouvais choisir une phrase ? Alors je demanderais qu'il fût gravé :
« Le Zahir, c'est la fixation sur tout ce qui avait été transmis de génération en génération, ne laissant aucune question sans réponse, occupant tout, l'espace, ne nous permettant jamais d'envisager la possibilité que les choses changent.
Le Zahir tout puissant semblait naître avec chaque être humain et acquérir toute sa force au cours de l'enfance, imposant ses règles, qui dès lors seraient toujours respectées :
Les gens différents sont dangereux, ils appartiennent à une autre tribu, ils veulent nos terres et nos femmes.
Nous devons nous marier, avoir des enfants, reproduire l'espèce.
L'amour est petit, il n'y en a que pour un ou une, et attention ! Toute tentative pour dire que le c½ur est plus grand que cela est considérée comme maudite.
Quand nous nous marions nous sommes autorisés à prendre possession du corps et de l'âme de l'autre.
Nous devons faire un travail que nous détestons, parce que nous faisons partie d'une société organisée, et si tout le monde faisait ce qu'il aime, plus rien ne marcherait droit.
Nous devons acheter des bijoux -cela nous identifie à notre tribu, du même que le piercing permet de reconnaître une tribu différente.
Nous devons être amusants et traiter avec ironie les gens qui expriment leurs sentiments -il est dangereux pour la tribu de laisser l'un de ses membres montrer ce qu'il ressent.
Il faut éviter au maximum de dire non, car on nous aime davantage quand nous disons oui –et cela nous permet de survivre en terrain hostile.
Ce que les autres pensent est plus important que ce que nous ressentons.
Ne faites jamais de scandale, cela peut attirer l'attention d'une tribu ennemie.
Si vous vous comportez différemment, vous serez expulsé de la tribu, car vous pourriez contaminer les autres et désintégrer ce qu'il a été si difficile d'organiser.
Nous devons nous demander comment vivre dans les nouvelles cavernes, et si nous ne savons pas très bien, nous nous appelons un décorateur, qui fera de son mieux pour montrer aux autres que nous avons bon goût.
Nous devons manger trois fois par jour, même sans faim ; nous devons jeûner quand nous sortons des canons de la beauté, même si nous sommes affamés.
Nous devons nous habiller à la mode, faire l'amour avec ou sans envie, tuer au nom des frontières, désirer que le temps passe rapidement et que la retraite vienne vite, élire des politiciens, nous plaindre du coût de la vie, changer de coiffure, maudire ceux qui sont différents, aller à un culte religieux le dimanche, ou le samedi, ou le vendredi, cela dépend de la religion, et là demander pardon pour nos péchés, être remplis d'orgueil parce que nous connaissons la vérité et mépriser l'autre tribu qui adore un faux Dieu.
Les enfants doivent nous suivre, car nous sommes plus vieux et nous connaissons le monde.
Ils doivent toujours avoir un diplôme de faculté même s'ils ne trouvent jamais un emploi dans le domaine professionnel qu'on les a obligés de choisir.
Etudier des chose sui ne leur serviront jamais, mais dont quelqu'un a dit qu'il était important de les connaître ; l'algèbre, la trigonométrie, le code d'Hammourabi.
Ne jamais attiser leurs parents, même si cela signifie renoncer à tout ce qui leur fait plaisir.
Ecouter de la musique bas, parler bas, pleurer en cachette, parce que je suis le tout-puissant Zahir, celui qui a dicté les règles du jeu, la distance entre les rails, l'idée de la réussite, la manière d'aimer, l'importance des récompenses. »
« Nous devons oublier ce que nous croyons être, pour pouvoir être vraiment ce que nous sommes. »
« J'ai découvert l'horizon plat, l'espace vide à l'infini, le bruit des sabots des chevaux, le vent calme, et rien absolument rein autour de nous. Comme si le monde avait choisi cet endroit pour montrer son immensité, sa simplicité et sa complexité. Comme si nous pouvions – et devions- être comme la steppe, vides, infinis, et pleins de vie en même temps. »

